‘Wish you were here’ revu et corrigé par Lazy, sur son album « F.L.O.Y.D. a chillout experience » (2006). Merci à mon ami Ninine pour cette étonnante galerie du Pink Floyd, revisitée par la chanteuse Analiah, façon électro-bossa nova : je goûte nos morceaux mythiques sous une lumière émouvante, ténue, sensuelle, tellement propice au voyage…
Le paysage ne signifie rien sans l’homme. La vie elle-même n’étant que chapelet de rencontres, le monde qui nous entoure n’échappe pas à la règle. Le ciel et la terre sont frère et sœur. Les humains se glissent entre le vent, les pierres, les feuilles des arbres ou l’eau des lacs. Une chaumière ne veut rien dire hors le regard, les gestes, le souffle de son bâtisseur ; puis de ses habitants. Que serait devenue la ligne pommelée de ces collines roumaines, sans les sourires et les mots que nous avons échangés ce jour-là, dans le salon de Niculae, autour du poêle en fonte émaillée ? Un cliché supplémentaire au fond du tiroir. Une image anonyme, du bout de nos mémoires.
La campagne de Roumanie m’est devenue familière par l'enjouement de ses enfants. A travers les langoureuses couleurs des Carpates, je revois la famille qui nous avait accueillis à Scàesti, en ce midi d’août 1995, pour manger dans la pièce commune, sombre, rabougrie, mais brûlante d’envie de dire. Pourtant, Dieu sait si la cour aux poules n’était guère engageante, transformée en champ de boue après l’orage !... La femme avait apporté une table basse, cinq verres dépolis, un litre de tçuica pomme-prune faite à la main, au bas mot dans les cinquante degrés de zozor pur. Etaient arrivés le tonton Alexandru, la voisine Domenica, des gosses, plein de gosses en haillons, qui désiraient apercevoir « les Français à vélo », comme ils disaient en version originale, presque sans accent. On avait dégusté les oignons et les tomates du jardin, les saucisses de porc grillées, le fromage de chèvre. On avait discuté sans fin. On avait ri de bon cœur. La tête nous tournait lorsque nous étions remontés sur nos biclounes, sous les applaudissements nourris de la famille Buzatu Vasile, dans la rue principale du village. Nous sommes restés en contact avec eux pendant plusieurs années, avant le silence, brutal, inexpliqué, au passage du siècle nouveau.
Aujourd’hui, les collines et la plaine de Scàesti me parlent à travers les voix de Niculae et de ses amis. Impossible de me détacher de cet instant de grâce. Aux courbes souples du paysage répondent les mots simples et poétiques des Roumains qui nous ont ouvert leur maison, le 10 août 1995, le temps d’un après-midi au flanc du poêle à l’antique, afin de partager l’or du monde, je veux dire la chaleur des humains. Ainsi roulent les rencontres. Il y en a de magnifiques, il y en a d’atroces, il y en a de banales et froides, mais toutes finissent par graver le visage de la Terre au creux de nos souvenirs. Voir – écouter – dire. En un lieu inconnu, je pense souvent à celle ou à celui qui va surgir au prochain virage, j’encourage secrètement son apparition, l’attelant déjà au dessin de la route.
« J’aimerais tant que tu sois là, bon sang, j’aimerais tant… ».
Wish you were here.


