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Il voulait rentrer à la maison.  (Rétro perso) posté le samedi 04 juillet 2009 11:26

natchez, verdun


 

  'Rentrer A La Maison', NATCHEZ, album Paradis Avec Toi, 2003. 

Au dos de cette photo, l'écriture hésitante arrondit l'encre brune, à la plume. La mention est lapidaire : "23ème Colonial, Bois de Vincennes, 4 juillet 1914". Cela fait 95 ans ce matin.

Pépère Germain est facile à reconnaître : c'était le plus petit de sa compagnie. Comme ses copains, il avait appris dans les livres d'école qu'il fallait reprendre l'Alsace et la Lorraine. Elles avaient été séparées de nous contre leur volonté. La justice et le droit souffraient en leur personne une violence permanente, et tant que subsistait cette iniquité, le monde civilisé n'aurait point de sécurité ni de repos. Le 23ème colonial, et tous les autres, n'ont effectivement pas eu de sécurité ni de repos.

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  Le 23ème Colonial au matin du 4 juillet 1914 : Pépère Germain est debout, troisième en partant de la droite. 

Pépère Germain a compté les heures, les minutes, les années. Verdun fut son horizon funèbre de 1915 à 1918. Comme une machine, il s'est laissé guider, sans réfléchir, sans penser. Il voulait rentrer à la maison. Fatigué... Il ne voulait pas mourir au front. Promis, juré : il ne l'a pas fait. Un éclat d'obus dans la main droite l'empêcha d'empoigner correctement sa bêche jusqu'en 1983. L'épaule gauche, elle, reçut juste une balle de petit calibre. Pendant ses deux mois de convalescence, il monta la garde à l'entrée de l'Elysée. Puis revint devant, dans le fracas dément.

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   Pépère Germain, Bibi et Mémère Lucie, en 1965. 

Pépère Germain ne racontait jamais vraiment le pire. Il distillait l'essentiel. Il dressait des mini-tableaux du quotidien des tranchées, avec ses mots simples de paysan des plaines. Il avait retenu de curieux détails, une odeur dans un vallon, un bruit de popote qui cliquète dans la nuit, le halètement du coureur fou, au sortir de la buse, sous la grêle mortifère des vert-de-gris. Un fait était très étonnant chez lui : sa guerre lui avait ôté le réflexe de peur, tant et si bien qu'il était impossible de le faire sursauter, même en lui éclatant un ballon de baudruche dans le dos, au ras des oreilles ...Quoi craindre après ça ?

Pas une lettre sur ceux qu'il tua. Pas un millimètre d'air libre qui aurait laissé la haine bourgeonner. Au sortir du calvaire, il voulait que son champ de bataille soit l'occasion d'aimer l'humanité. Jusqu'à sa mort, 65 ans plus tard, il ne parla plus que de liberté, d'égalité, et de fraternité. Pèpère Germain était un rude gaillard. Où qu'il se trouve aujourd'hui, je le sens capable de poursuivre sa lutte pour un monde meilleur,  même si son existence terrestre fut mutilée à jamais. Il aimait à ce propos parodier Socrate, sans le savoir, en répétant qu' Il existe trois sortes d'êtres : les vivants, les morts, et ceux qui ont fait Verdun.

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Tous les commentaires de l'article:
Il voulait rentrer à la maison.

  • laboiteaphotos ven 11 sep 2009 23:02
    je pioche au hasard dans ton blog, droit sur histoire perso...témoignage admirable...et relation grand-père/petits enfants implicite
    J'aurai une petite pensée pour lui et tous ces gens en faisant mon footing demain matin dans le Bois de Vincennes
    Et bonjour le petit bonhomme sur la photo

  • johanna jeu 06 aoû 2009 11:56
    J'en ai les larmes aux yeux. De quoi ? Un peu dur à dire. La force du témoignage sûrement, l'horreur, la guerre, et l'inclinaison de cet homme pour prôner d'autres valeurs. Cette capacité des humains à comprendre et à transformer. Alors tout est possible et rien n'est vain. Et certes pas ce texte là.
    Johanna

  • vrantz

    dim 05 jui 2009 19:44

    j'ai eu les larmes aux yeux en lisant ce très bel hommage. Et de te voir sur la photo ajoute à l'émotion. Paix à Pépère Germain

  • pema dim 05 jui 2009 10:46
    C'est essentiel à mon sens, de parler de tout ça...ne pas oublier...pour que cela ne recommence plus...Les photos sont super et ton témoignage émouvant...merci à toi !bizzz de bon dimanche!

  • libertyphil dim 05 jui 2009 03:20
    à la page 9 de mon blog , "le 11 novembre" , j'en touche un mot, Max...

  • libertyphil dim 05 jui 2009 02:53
    ce n'est pas sans émotion que je lis toujours les témoignages de nos papets , qui , le tien comme le mien, se retrouvaient dans des tranchées pestilencielles , attendant une mort quasi certaine venue sous forme d'obus , de balles , de gaz et de baïonnettes à un âge où on pense aux chevaux , au bal du samedi , aux filles du village, aux moissons à rentrer , à la vigne à vendanger...
    Ce n'est qu'à l'age adulte et père de famille que j'ai compris pourquoi mon pépé, héros 5 fois décoré pour faits de bravoure (il était brancardier divisionnaire aprés avoir été hussard , il allait ramasser les blessés sous le feu, quasiment un suicide ) que j'ai compris pourquoi ce héros pleurait , 50 ans aprés ,quand il me racontait....
    Combien de papas , de mamans , de soeurs , d'épouses , de frères ont tremblé, pleuré , prié sachant l'être aimé se débattant en Enfer ? Combien de vies gachées , d'espoirs envolés , de jeunesses perdues dans une fournaise stupide que même le démon n'eût pu imaginer , même dans des moments d'inspiration féroce ?

  • rochangel dim 05 jui 2009 00:23
    précieux témoignage que ce beau récit, la photo est un petit trésor.

  • massalia sam 04 jui 2009 19:38
    Très bel hommage, joli partage et quelle leçon...

  • proximadecentaure sam 04 jui 2009 16:45
    Faut-il vivre une guerre pour avoir des pensées humanistes ?

  • David Charles

    sam 04 jui 2009 16:00

    Frissons en vous lisant, Monsieur. Oh, ce n'est pas la guerre, non, ce sont les hommes qui ont dû faire avec une telle erreur et rester, justement, des hommes. On ne cessera de rendre hommage à leur abnégation sans oublier, jamais, de montrer tous les côtés délétères de la propagande.




 

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